Oeuvres d'art à deux roues
Une nouvelle catégorie de mécaniciens revisite l'art de la restauration des motos vintage. Leur leitmotiv : améliorer le passé plutôt que le recréer, en customisant de façon subtile et créative les grands classiques de BMW, Moto Guzzi et autres marques légendaires
Là où les restaurateurs traditionnels cherchent à recréer la version originale du fabricant dans ses moindres détails, jusqu'au gicleur du carburateur, ces créatifs s'offrent une certaine marge de manoeuvre dans leur travail. En outre, Untitled Motorcyles et ses troupes accueillent à bras ouverts tous les modèles généralement ignorés des puristes du vintage — tels que les BMW, Honda et autres Moto Guzzi des années 1970 et 1980 — pour en faire de véritables oeuvres d'art à deux roues qui, sans être figées dans le passé, rendent hommage à leur histoire.
Quelle moto peut être rénovée et personnalisée ? « La beauté du moteur est un bon début », confie Eccles. « Le châssis et la structure de base doivent être solides et élégants », ajoute-t-il. « L'ossature reste la même, nous nous contentons juste de lui donner un nouveau visage. »
Untitled a fait ses premiers pas en 2010. À l'époque, Adam Kay, ancien étudiant en arts et vétéran du monde de la mode, unit ses forces avec Rex Martin, propriétaire de Victory Motorcycles et célèbre mécanicien, pour monter un garage à Londres. En 2013, après le succès de l'UMC-021 — acclamée par Chris Hunter, fondateur et éditeur de Bike EXIF, véritable bible de la customisation — Eccles a rejoint le groupe, et a ouvert un atelier à San Francisco.
Au final, le travail d'United consiste à revenir à la forme la plus pure, et la plus raffinée, de chaque moto. « Piston, culasse, pot d'échappement... Rien n'est superflu ici », explique Bryan Fuller, propriétaire de Fuller Moto et hôte de Naked Speed, un programme dédié aux café racers sur la chaîne américaine Velocity. Eccles et Kay s'inspirent des café racers anglais des années 1950 et 1960 (y compris pour les BMW datant des années 1980). Mais Fuller, pour sa part, prône un style davantage rétro-futuriste. L'une de ses dernières créations, une Ducati 250cc Scrambler des années 1970, offre ainsi un subtil mélange entre le charme vintage à la Steve McQueen et l'univers déjanté de Mad Max.
S'ils diffèrent sur leurs goûts esthétiques, les professionnels de la customisation partagent un parcours de vie qui se rapproche davantage de celui d'un artiste que d'un mécanicien. Prenons par exemple Pedro Garcia, un sculpteur et musicien, qui est aussi le fondateur de Café Racer Dreams, à Madrid, ou encore le photographe Nicholas Bech, le designer en chef et constructeur dans l'atelier de Wrenchmonkees, à Copenhague. « Ce qu'ils ont en commun, outre leur imagination, c'est de savoir trouver le juste milieu entre esthétique et fonctionnalité », poursuit Eccles.
Évidemment, notre travail esthétique sur les motos ne serait pas possible — ou du moins légal — sans une touche de technologie moderne. Travis Cripps, ingénieur chez Apple à Palo Alto, en Californie, a ainsi contacté Eccles pour customiser sa BMW R100 (qui deviendra l'UMC-029). Son souhait : une moto qui lui rappelle l'ère des café racers des années 1960 tout en étant sécurisée, fiable et relativement facile à manier. Pour trouver ce juste milieu, Eccles a opté pour des équipements tels qu'un compteur de vitesse GPS Motogadget, une batterie gel, un réservoir de liquide de freinage moderne et des voyants LED. Ces accessoires sont peut-être synonymes de blasphème aux yeux d'un puriste du vintage, mais ils sont bienvenus pour les fans de la customisation — surtout lorsqu'ils accompagnent les splendides designs d'Untitled.
« La définition du vintage aujourd'hui est plus souple qu'auparavant », explique Hunter, « et concerne surtout le « look. » Que les motos vintage aient fait l'objet d'une restauration méticuleuse ou de modifications, elles représentent toutes l'amour de la beauté mécanique et l'aversion du superflu. Les motos contemporaines font la part belle aux technologies modernes, à tel point que les nécessités utilitaires de base, comme le carter, les boîtes à batterie et les pompes à huiles, sont complètement dissimulées. Les motos vintage, elles, marient fonctionnalité et esthétique. À l'époque, on ne pouvait pas dissimuler les composants fonctionnels. Il fallait donc qu'ils soient aussi élégants que possible. Et c'est précisément cette philosophie que le mouvement de customisation classique cherche à transmettre. Comme le dit Eccles : « Aujourd'hui, ce qui compte, ce n'est plus tant de rouler vite, mais de rouler avec élégance. »
est un rédacteur spécialisé dans la culture et le style de vie. Ses articles ont notamment été publiés dans Esquire, The Guardian, GQ et Glamour. Il vit actuellement à New York.
- AVEC L'AIMABLE AUTORISATION DE WRENCHMONKEES
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